CUTLER AND GROSS
Cutler and Gross : deux opticiens, une amitié, et la naissance de la lunetterie de mode
Tout commence au début des années 60, sur les bancs du Northampton College de Londres, où deux étudiants en optométrie font connaissance. Graham Cutler et Tony Gross n’auraient pas dû se ressembler : l’un est technicien dans l’âme, méticuleux, obseédé par le détail et la précision ; l’autre est une créature du goût, du flair, de la flamboyance. Ensemble, pourtant, ils forment quelque chose d’inédit. En 1969, ils fondent Cutler and Gross. Deux ans plus tard, en 1971, ils ouvrent leur première boutique au 16 Knightsbridge Green, à Londres — et les toutes premières montures sont fabriquées à la main directement au-dessus du magasin. Un service sur mesure, confidentiel, presque secret. Mais le bouche-à-oreille fait son œuvre : en quelques saisons, Cutler and Gross devient la destination de référence pour les artistes, les musiciens, les écrivains et la royauté.
Cette alliance entre le sens technique de Cutler et le sens esthétique de Gross ne relevait pas du hasard : c’était, selon les propres mots de Graham Cutler, une harmonie. « Je suis le technicien, M. Gross est le faiseur de goût, et ces dons chantent harmonieusement ensemble. » Plus d’un demi-siècle après, cette harmonie continue de définir chaque monture que la maison met au monde — et Cutler and Gross demeure, comme depuis le premier jour, une autorité absolue en matière de lunetterie.
La philosophie des « optical architects » : ce n’est pas seulement comment on voit le monde
Cutler and Gross a été fondée sur un principe simple, et profond : porter des lunettes, ce n’est pas seulement une question de vision. C’est une question de présence. It’s not just about how we see the world — it’s about how others see us. Cette conviction — que la monture transforme le visage autant qu’elle l’encadre — a guidé chaque décision créative de la maison depuis son origine. Cutler and Gross n’a pas simplement fabriqué des lunettes : la maison a rendu les lunettes modernes. Elle a altéré le visage de générations entières en imposant l’idée que la monture pouvait être un objet de style autant qu’un instrument d’optique.
Cette ambition s’est incarnée dans un choix radical : celui de n’avoir aucun logo visible, aucun marquage extérieur. Pas de sigle en grandes lettres, pas d’emblème apparent. Les deux fondateurs avaient la conviction qu’une monture véritablement iconique n’avait pas besoin de branding externe pour s’imposer — elle devait être reconnaissable par sa forme, son élégance, son caractère. « Le client Cutler and Gross a toujours été un individu. Excentrique peut-être, une espèce rare, certainement. » Ces mots de Graham Cutler disent tout : la marque ne cherche pas un client universel. Elle cherche ceux qui savent voir.
L’artisanat de Cadore et du Japon : parfaites, mais jamais identiques
Depuis les origines, chaque monture Cutler and Gross est fabriquée à la main par des artisans spécialisés — et ce principe n’a jamais été abandonné. Les ateliers sont aujourd’hui installés à Domegge di Cadore, dans les montagnes du Belluno en Italie — une région dont la tradition lunetière remonte au XIXe siècle — et au Japon, pour les collections en titan. Dans ces deux lieux, chaque monture traverse une série d’étapes spécialisées : coupe, façonnage, culbutage, polissage. Le parcours prend des semaines, parfois des mois. Il ne souffre ni accélération, ni raccourci.
Ce que cette méthode produit, c’est quelque chose d’inimitable : des montures parfaites mais jamais identiques. Les légères imperfections de la fabrication artisanale — ces micro-variations que la main dépose sur chaque pièce — ne sont pas des défauts. Elles sont la preuve d’une présence humaine, la trace d’un savoir-faire qui ne peut pas être reproduit à la machine. Chez Cutler and Gross, l’élément humain est paramount. Les matériaux utilisés — acétate de haute qualité, titan d’une finesse extrême, corne de buffle naturelle — sont sélectionnés avec la même exigence que la fabrication elle-même. Chaque monture est un objet unique, qui porte en elle l’histoire d’une fabrication pensée jusqu’à son dernier détail.
Collections, collaborations et cinéma : une présence culturelle sans équivalent
L’archive de Cutler and Gross s’étend sur plus de cinq décennies — des Swinging Sixties au grunge des années 90 — et continue d’alimenter des collections d’une richesse exceptionnelle. La Serpentine Collection revisite les grandes silhouettes de la maison avec une modernité sculptée. La Knightsbridge Green Titanium rend hommage à l’adresse originelle de 1971 en titan poli. La collection Graham Cutler porte directement le nom du co-fondateur, comme un acte de transmission. L’Aurum pousse l’orfevrerie optique vers ses limites les plus raffinées. La Modern Relics Collection explore ce territoire où l’archive et le présent se fondent l’un dans l’autre. Et les montures en corne de buffle — rares, nobles, irréductiblement singulières — incarnent le sommet de l’artisanat optique de la maison.
Les collaborations de Cutler and Gross dessinent une carte culturelle aussi large qu’inattendue. The Great Frog — le bijoutier rock’n’roll londonien — a donné naissance à plusieurs collections communes, guillouchées d’argent sterling et d’or 24 carats, portées en campagne par Iggy Pop. Debbie Harry, icône de Blondie et de New York punk, a prêté son image à une collection exclusive. Kingsman a choisi Cutler and Gross pour habiller Colin Firth et Samuel L. Jackson dans la franchise cinématographique. Palace Skateboards, Globe-Trotter et Breitling ont aussi signé des collaborations avec la maison, chacune révélant une nouvelle facette de son écosystème créatif. Au cinéma, les montures Cutler and Gross ont accompagné Julia Roberts dans Notting Hill, Daniel Craig dans Knives Out 2, Michael Fassbender dans The Counsellor. Dans la presse, leur présence dans Vogue, GQ, Vanity Fair, Dazed & Confused et The Financial Times est une constante depuis les années 80. Cinq boutiques propres — Knightsbridge et Spitalfields à Londres, Bath, New York et Toronto — ancrent la marque dans les villes où le style s’invente.
En résumé
Fondée en 1969 à Londres par les opticiens Graham Cutler et Tony Gross, Cutler and Gross est l’autorité britannique de la lunetterie de luxe — celle qui, la première, a rendu les lunettes véritablement modernes, en posant le principe que porter une monture, c’est choisir comment le monde nous voit. Chaque paire est fabriquée à la main dans les ateliers de Domegge di Cadore (Italie) et au Japon : acétate, titan, corne de buffle. Sans logo apparent, sans branding ostentatoire. Collections : Serpentine, Knightsbridge Green Titanium, Graham Cutler, Aurum, Modern Relics, Buffalo Horn. Collaborations : The Great Frog (avec Iggy Pop), Debbie Harry, Kingsman, Palace Skateboards, Globe-Trotter, Breitling. Cinq boutiques propres : Knightsbridge, Spitalfields, Bath, New York, Toronto. Présente dans plus de 2 000 points de vente dans 50 pays. Parfaites, mais jamais identiques.