LESCA
Lesca Lunetier : soixante ans de lunetterie française, de père en fils
Paris, 1964. Dans le 19ème arrondissement, quartier Sécrétan, Joël Lesca ouvre ses ateliers et commence à fabriquer des lunettes. Il a les yeux tournés vers une décennie qui vient de changer le monde — les années 50 et 60 avec leur révolution du design, leur invention de l’acier et du plastique noble, leurs silhouettes classées aux archives des musées. Joël Lesca décide que c’est là son territoire : faire des lunettes épaisses, chargées de matière, taillées dans un acétate de cellulose que l’on sent sous les doigts, qui existent pleinement sur un visage. Des lunettes qui n’ont pas peur de leur propre présence.
Soixante ans plus tard, Lesca Lunetier est toujours une affaire de famille. La deuxième génération — Mathieu et Bertrand, fils de Joël — a pris le relais depuis Aix-en-Provence avec la même conviction fondatrice : respecter l’ADN de la maison, valoriser son histoire, faire revivre les collections passées tout en restant créatifs et modernes. La créativité chez Lesca, c’est un dialogue entre un père et ses fils — une conversation qui se tisse au fil des années, faite de transmission et d’innovation.
L’inspiration des années 50 : quand le design changeait tout
Pour comprendre Lesca Lunetier, il faut revenir aux années 50 et 60. C’est l’époque où le design mobilier, la mode et l’architecture vivent une révolution stylistique et créative sans précédent. C’est aussi le moment où l’invention de l’acétate de cellulose et le développement des usines modernes de lunetterie en France permettent de fabriquer des montures en série — mais avec une noblesse de matière, une épaisseur, une présence que les années suivantes abandonneront trop vite au profit de la légèreté et de la discrétion.
Joël Lesca, lui, garde les yeux ouverts sur son époque et sur ses icônes. Le Corbusier et ses lunettes rondes à montures épaisses que l’architecte genevois a rendues indissociables de son visage et de sa vision du monde. Yves Saint Laurent, dont les lunettes étaient autant des accessoires de mode que des instruments de style. Aristote Onassis, Michael Caine, Marcello Mastroianni, Alain Delon : ces hommes portaient des lunettes qui ne cherchaient pas à s’effacer. Ils portaient des lunettes qui existaient, qui disaient quelque chose, qui ajoutaient au visage plutôt que de le dérober.
C’est ce territoire que Lesca Lunetier revendique depuis l’origine : un style affirmé, inspiré par l’élégance décontractée et la force créative des années 50-70, traduit en montures tout en épaisseur qui font ressortir la matière. Un parti pris esthétique qui, soixante ans après, semble plus juste que jamais.
Un savoir-faire artisanal au cœur de la maison
Lesca Lunetier n’a jamais cédé aux sirènes de la fabrication de masse. Depuis les origines, la maison travaille avec des ateliers et des usines à taille humaine, en France et en Allemagne, en imposant un cahier des charges strict : les lunettes LESCA sont rivetées et façonnées à la main, en s’inspirant des techniques d’antan. Le rivet n’est pas ici un élément purement fonctionnel — c’est un signe de fabrique, une manière d’affirmer que la monture a été assemblée par des mains humaines, avec soin, dans un atelier réel.
Les partenaires historiques de Lesca dans le Jura — berceau de la lunetterie française, notamment autour d’Oyonnax — sont une pièce essentielle de cette histoire. Ce sont eux qui maîtrisent l’acétate de cellulose épais, ces plaques dans lesquelles viennent être taillées les montures, ces matériaux nobles qui vieillissent bien et qui donnent à chaque paire ce touché caractéristique, un peu chaud, un peu dense, immédiatement reconnaissable. C’est avec eux que Lesca maintient vivant un savoir-faire que peu de maisons perpétuent encore en France.
Les collections sont développées en séries limitées, intentionnellement. Pas pour créer une rareté artificielle — mais parce que c’est la logique naturelle d’une fabrication artisanale qui privilégie la qualité sur la quantité, et parce que chaque pièce mérite d’être pensée comme telle : une pièce.
Les Iconiques, l’Upcycling et les collaborations : l’univers Lesca aujourd’hui
Le cœur battant de la collection Lesca, ce sont les Iconiques. La Corbs — réédition du modèle porté par Le Corbusier, que Joël Lesca a remis en production pour la première fois en 1979 — est sans doute la monture la plus mythique de la maison. Ronde, épaisse, en acétate de 8 mm, elle incarne mieux que toute autre ce que Lesca cherche : une form absolue, évidente, qui n’a pas besoin d’explication. Al Pacino la porta dans Once Upon a Time in Hollywood sans que personne ne soit surpris : la Corbs va aux visages qui ont quelque chose à dire. La Pica — « comme dans Picasso », dixit Joël Lesca — est une forme panto aux proportions massives et à l’inspiration cubiste, dont la découpe nette et la présence frontale en ont fait l’un des modèles les plus représentatifs de la maison. La gamme des Iconiques comprend également le Gaston, le Heri et le Toro XL — chacun issu d’archives de la marque, réinterprété avec les mêmes exigences de matière et d’artisanat.
Lesca a également développé depuis quelques années une collection Upcycling qui est devenue l’une des expressions les plus singulières de son identité. Le principe : racheteur et conserver d’anciennes plaques d’acétate accumulées depuis des années, puis les retravailler par des assemblages exclusifs de couleurs grâce au collage. Chaque pièce de la collection Upcycling est unique ou quasi unique — le résultat d’une combinaison de couleurs qui n’existait peut-être jamais avant et n’existera jamais après. Un manifeste écologique autant qu’esthétique.
Aux côtés de ces lignes phares, Lesca collabore avec des créateurs et des collectifs venus de la mode, du graphisme et de la photographie — offrant à chaque partenariat l’espace de réinterpréter les codes de la maison avec une liberté encadrée par son exigence de matière et de fabrication. La Black Edition, les collections saison par saison, les éditions anniversaire (dont le 60ème en 2024) complètent un univers riche, cohérent, et profondément ancré dans l’histoire de la lunetterie française.
En résumé
Fondée en 1964 à Paris par Joël Lesca et aujourd’hui menée par la deuxième génération (Mathieu et Bertrand), Lesca Lunetier est l’une des rares maisons françaises à avoir maintenu vivant l’art de la lunette épaisse en acétate de cellulose, fabriquée à la main dans des ateliers artisanaux en France et en Allemagne. Inspirée des années 50-70 et des icônes qui les habitaient — Le Corbusier, Alain Delon, Marcello Mastroianni —, la maison décline son univers en Iconiques (Corbs, Pica, Gaston, Heri, Toro XL), en collections saisonnières, en éditions Upcycling fabriqued à partir de plaques d’acétate anciennes, et en collaborations avec des créateurs sélectionnés. Soixante ans de savoir-faire jurassien, portés sur le visage.
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